Lila a découvert A Rocha et le domaine des Courmettes d’abord en tant que bénévole pour quelques semaines à l’été 2025. A la suite de cette première expérience, elle décide de revenir pour plusieurs mois, cette fois dans le cadre d’un service civique essentiellement sur des missions de conservation de l’environnement. Et depuis début septembre, c’est à la bergerie des Courmettes qu’elle consacre désormais son temps, à la découverte d’un métier passion…
Après déjà quelques mois de service civique à A Rocha, ce n’est que fin janvier, invitée par une ancienne volontaire, que je franchis pour la première fois la porte de la bergerie des Courmettes. A partir de ce jour, et les mois qui ont suivi, je suis allée au moins une fois par semaine aider les éleveurs à la bergerie. J’ai donc eu la chance de découvrir ce beau métier et le mode de vie qui l’accompagne.
Une journée en bergerie

Nous sommes le 16 février.
Je me lève sur les coups de 6h, mange une tartine et part rejoindre Maud et Lawry à la bergerie. Déjà les brebis bêlent pour réclamer leur petit déjeuner.
Nous sommes en plein agnelage, deux brebis ont mis bas cette nuit. L’une de deux agnelles et l’autre d’un agneau. Encore un peu fébriles, ils ouvrent les yeux sur ce monde qui sera désormais le leur, et apprennent rapidement à marcher, manger, courir, jouer.
Nous commençons par mettre le foin dans les mangeoires, du foin de Crau pour la période de l’agnelage. Il est plus riche en éléments minéraux et donne des forces à ces brebis fatiguées de porter et nourrir d’autres vies que la leur. Nous dispersons ensuite de la paille pour laver le sol et un petit peu d’argile pour l’odeur. Les agneaux nés cette nuit sont isolées avec leurs mère dans des petits box à part afin d’éviter tout accident. Une fois toutes les brebis calmes et occupées à ruminer leur foin, nous partons en voiture rejoindre l’autre partie du troupeau dans des champs plus lointains afin de nourrir les patous, les chiens qui gardent le troupeau.
De retour à la bergerie, nos activités diffèrent selon les jours : aller nourrir les ânes, les vaches, préparer le prochain parc de nuit des brebis, déplacer de la paille, marquer les agneaux. Sans bien sûr oublier de retourner nourrir les brebis en fin de matinée, elles aussi veulent un repas de midi !
C’est quoi le pastoralisme ?
Depuis maintenant 3 ans, le gaec « Mont d’azur » a repris l’exploitation agricole du domaine des Courmettes, poursuivant une tradition pastorale de plusieurs décennies, et fait pâturer un troupeau d’environ 500 brebis à viande, quelques chèvres, des ânes et de manière temporaire quelques bovins.
Le pastoralisme est un mode d’élevage basé sur le pâturage d’espaces naturels. C’est une activité qui a débuté à la préhistoire et a perduré jusqu’à aujourd’hui dans la majorité des sociétés. Contrairement à ce que l’on pourrait penser aux premiers abords, la présence maîtrisée de grands herbivores sur un espace naturel est bénéfique pour la biodiversité. En effet, cela évite l’embroussaillement d’un terrain. Le pâturage permet aux espaces de rester ouverts et donc d’accueillir une faune et une flore diverses et riches. De plus cette activité est basée sur le mouvement des troupeaux ce qui évite l’épuisement des ressources de la terre et de mieux respecter le cycle de la nature. On parle d’une exploitation extensive, à l’inverse de l’exploitation intensive.

La plus belle des libertés ?
Ce que j’ai découvert avec le pastoralisme, c’est une vie à un rythme différent, pas celui de l’urgence de l’homme mais celui des saisons, de la pluie, du soleil. La nature est bonne pédagogue quand on prend le temps de l’observer, quand on essaye de la suivre et de s’en inspirer. Dans ce métier il faut s’adapter au rythme des brebis, qui nous réapprennent la patience, l’attention, le soin.
Qu’est ce que tu préfères dans ce métier ? « La liberté » m’ont répondu les éleveurs. Ce n’est pas la liberté comme nous l’imaginons, celle de partir à l’autre bout du monde ou de n’avoir aucune responsabilité et contrainte. Non, c’est la liberté de travailler dans et avec la nature. Celle de ne pas suivre le rythme effréné des humains. De ne pas subir la déconnexion qu’a créée nos sociétés, cette absurde séparation « homme/nature ». La liberté d’être au contact de la vie car elle est partout ici . Elle est là dans la naissance, dans le premier bêlement d’un agneau, mais aussi dans le bond d’une sauterelle, dans le souffle du vent, dans le vol d’un oiseau.
Être en lien avec le monde magnifique qui nous entoure, n’est ce pas la plus belle des libertés ?